Como vai você ? #05 - 18ème festival de capoeira organisé par l'association Capoeiragem Toulouse

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Edito et propos recueillis par MJ, Capoeiragem, Ecole Senzala Toulouse - Mars 2017   

Les festivals se suivent et ne se ressemblent pas. Outre les Mestres, Contra-Mestres, Professeurs qui, d’une année sur l’autre, apportent une énergie différente, outre les participants de Capoeiragem ou venus d’autres villes de France qui donnent à chaque évènement une nouvelle couleur, il y a l’attribution des grades qui marquent de leur spectacle et de leur émotion chacune des éditions. Cette année est une de celles dont on se souviendra. C’est la première fois que des cordes violettes (professeur) sont octroyées au sein de notre groupe !

Espeto et Pe de Moleque ont été sur le devant de la scène pour mettre en lumière leur travail, leur investissement, leur fidélité au groupe Capoeiragem. Mais pour en parler qui de mieux que les protagonistes ! Sous la forme d’un témoignage ou d’une discussion, ils vous livrent leurs ressentis.

Merci et félicitations à Espeto et Pe de Moleque pour leur capoeira qui, au travers de leurs cours, de leurs conseils, des discussions et des voyages s’imprime, dans la capoeira de chacun d’entre nous !

Mestre Samara - Mestre d’Afonso Vida Nova, école Senzala, Amsterdam

« Le travail de la capoeira et le temps : Avec le temps on réveille le corps et la conscience du corps, le corps matière et le corps esprit, conscience et confidences. Il y aussi le corps social, le corps de la communauté de la capoeira, bien plus grand, large et responsable. La motivation que l’on a dans nos premiers temps de capoeira, s’affine, grandit, prend forme avec le corps, la musique, l’art, la compréhension et même l’amour. Plus on donne pour elle, plus elle nous grandit. Ici avec le groupe Capoeiragem à Toulouse, on a célébré 18 ans de travail, travail déjà reconnu dans le grand monde de la capoeira. Les cordes et leur couleur remises lors des passages de grades essaient de symboliser toute la beauté créée pendant le temps de la capoeira. Bien que ces cordes n’arrivent pas raconter ce que chacun vit pendant son parcours dans la capoeira, les cordes témoignent d’un engagement, d’un travail et de responsabilités dans le monde de la capoeira. Félicitations à tous, je suis très fier d’avoir partagé ces remises de cordes, dans ce temps de capoeira, avec les personnes de cette communauté toulousaine et du monde. »

Mestre Afonso Vida Nova - Fondateur et responsable du groupe Capoeiragem, école Senzala, Toulouse

« L’obtention d’une corde violette (professeur) par deux de mes élèves, Espeto et Pe de Moleque, est le résultat d’un investissement, d’un long travail, pas uniquement de ma part en tant qu’enseignant, mais aussi de leur part comme élève d’abord et enseignant ensuite. Ils ont développé leurs propres cours, ils ont leurs élèves qui viennent se joindre à nous dans les rodas et festivités agrandissant ainsi « la famille ». Ils ont aussi créé des relations professionnelles avec d’autres professeurs, ce qui leur permet de se professionnaliser et de se faire connaitre dans le réseau de la capoeira. Cette corde violette a aussi son importance pour notre groupe Capoeiragem à Toulouse. En effet, Espeto et Pe de Moleque contribuent avec leur expérience à faire évoluer l’ensemble du groupe en tirant les autres élèves vers le haut et ils sont des repères pour les nouveaux. Enfin c’est avec une grande satisfaction que j’ai remis ce grade de corde violette à Espeto et Pe de Moleque. Bravo à vous, elle est méritée pour l’ensemble de vos efforts. »

Professeur Espeto - Capoeiragem, école Senzala Toulouse

« La façon dont j'ai commencé la capoeira est assez marrante. Très jeune j'avais pour habitude de reproduire les mouvements des films où il y avait de la baston sur mon sparring partner préféré de l'époque "mon petit frère"! (qui à fait quelques passage à l'hôpital d'ailleurs). Ça à commencé avec les dessins animés (Ken le survivant, Les chevaliers du zodiaque....) et je dois dire que j'ai beaucoup été inspiré par Bruce Lee aussi (le coup de genoux sauté était l'un de mes coups préférés). Habitant à la campagne, les activités sportives et culturelles étaient assez limitées, à part le foot, le tennis et le karaté. J'ai donc touché un peu à tout mais sans vraiment m'y épanouir. J'ai par exemple fait du karaté pendant une année ou deux, mais je n'accrochais pas vraiment avec le sensei de l'école qui me faisait passer 90% du temps de l'entrainement à faire des pompes et des abdos pour humour intempestif. J'ai quand même réussi à gagner quelques compétitions à l'époque... Et un jour, vers l'âge de 15/16 ans j'ai vu à la télé "les guerriers de la danse" le film sur la capoeira présenté par Vincent Cassel et ça a été une révélation. Les mouvements, l'esprit de résistance, l'héritage musicale et culturel africain... tout cela m'a parlé direct ! J'ai passé un an à essayer de reproduire les mouvements (toujours sur mon frère) mais aussi les acrobaties, ce qui lui a laissé un peu de répit, au plus grand bonheur des mes parents. Puis un jour au collège (en 3ème), un de mes potes qui connaissait mes penchants guerriers m'a fait passer le flyer d'un mec qui allait commencer des cours de capoeira sur Muret (ville de mon collège). C'était une évidence, y'avait plus qu'à convaincre ma mère qui, je dois le reconnaitre, m'a toujours accompagné dans mes démarches sportives et culturelles, et ce malgré son emploi du temps souvent bien chargé. Ce mec c'était Afonso qui, à l'époque, était corde bleu. À ce moment là, la capoeira n'était pas connue, aussi on n'était pas plus de 5 ou 6 dans la salle, mais j'ai de suite accroché avec Afonso et je suis toujours là aujourd'hui... 18 ans plus tard ! »

 - À ce moment, t'imaginais qu’un jour tu enseignerais et serais reconnu comme prof ?

« À cette époque, pas un seul instant. Je faisais ce que j'aimais sans trop me poser de questions sur l'avenir. L'insouciance de la jeunesse ! » 

- Qu'est ce qui t’a amené à vouloir faire de la capoeira ta principale activité ?

« J'ai toujours eu un super contact avec les enfants, encore aujourd'hui Afonso m'appelle le "grand enfant" de l'asso. Au bout de quelques années quand Afonso était invité à des festivals de capoeira et qu'il ne pouvait pas assurer le cours à Muret (qui se déroulait le samedi matin) il me laissait le contrôle des choses. J'ai tellement aimé enseigner ce que j'aimais que très vite je me suis retrouvé à l'épauler sur les cours enfants. Quand j'ai eu 18 ans (et surtout le permis) j'ai commencé à l'accompagner sur les cours enfants d'Empalot... et puis le temps faisant et l'expérience grandissante, il a commencé à me laisser la charge de certains cours « «enfants ». Aujourd'hui j'enseigne à près de 200 enfants et ce depuis plus d'une dizaine d'années. Les enfants ayant grandi, j'ai aussi développé des cours ados/adultes afin d'assurer la continuité de cet enseignement. J'ai beaucoup appris auprès d'eux ! » 

- Que représente la corde violette pour toi ?

« Franchement j'ai encore un peu de mal à réaliser pour l'instant. Je n'ai jamais été fétichiste des grades, des cordes et de tout ce système de hiérarchisation. La corde c'est une corde, ce qui fait plaisir c'est surtout la reconnaissance. Fondamentalement cela ne change rien au sein de la famille Senzala Toulouse, on se connait depuis tellement d'années que ce n'est pas la couleur d'une corde qui va nous faire changer de comportement les uns par rapport aux autres. Par contre je dois dire qu’à l’extérieur, cela change pas mal de choses. Le regard que l'on porte sur nous (Pe de Moleque & moi), la responsabilité de représenter une école avec une lignée de Mestres légendaires, les attentes de certains nous font prendre conscience que malgré toutes ces années passées dans la capoeira, la corde violette n'est pas un aboutissement mais seulement le début d'un nouveau chemin. On prend conscience qu'il nous reste tellement à apprendre.... Et je suis heureux d'avoir la chance de pouvoir le faire en étant bien entouré : Mestre Vida Nova, Mestre Samara & Mestre Garrincha étant mes piliers dans cet apprentissage ! » 

- Qu’as-tu ressenti lors de ce passage de corde? Était-ce la même "émotion" que pour une autre corde ?

« Pour être franc le passage de corde m'ayant procuré le plus d'émotion fut celui de la corde bleue. À l'époque, le contexte difficile dans lequel je me trouvais, l'engagement total dans la capoeira et la découverte par les voyages et les rencontres que j'ai pu faire m'ont vraiment touché. Aussi quand j'ai reçu cette corde bleue je savais que mon chemin ne quitterait plus celui de la capoeira. Ma vie s'en trouverait changée à jamais. Pour la corde violette, évidemment l'émotion était présente et ce qui m'a le plus touché, ce fut les cris de la famille Senzala Toulouse lorsqu’Afonso me passa la corde autour des hanches. Je dois dire aussi qu'Afonso à l'instar d'un grand frère n'est pas très bavard quand aux compliments qu'il peut nous faire dans l'année, son discours à mon égard à ce moment-là restera gravé pour toujours dans ma mémoire. Je tenais de ce fait à grandement le remercier pour ce qu'il m'apporte quotidiennement, aussi bien dans la capoeira que pour tous les moments que nous partageons en dehors de celle-ci. Je tenais aussi à remercier mon frère (qui a souffert pour la bonne cause), Mathilde qui partage ma vie et m'accompagne dans cette grande aventure, mes parents qui ont toujours été présents et qui m'ont offert la chance d'accéder à cette univers, la Senzala familia Toulouse avec qui j'ai grandi et tellement appris et évidemment mes mentors, Afonso, Samara et Garrincha qui sont des sources d'inspirations intarissables ! ».

Professeur Pe de Moleque - Capoeiragem, école Senzala Toulouse

« Suivre les conseils de ses parents peut avoir du bon ! Alors que je ne savais pas trop dans quel sport investir mon surplus d’énergie, c’est mon père, passionné du Brésil où il vit d’ailleurs, qui m’a conseillé d’aller rencontrer ce nouveau prof de capoeira qui venait d’arriver sur Toulouse. Quelle rencontre! Me voilà 19 ans plus tard, toujours élève d’Afonso Vida Nova. Je me suis entraîné, j’ai appris, mais le déclic est venu lors de mes premiers voyages au Brésil à Salvador da Bahia, mais surtout à Imbassaï, petit village où j’allais retrouver ma famille. Ces différents séjours, dans le pays d’origine de la capoeira, m’ont permis de réaliser ce qu’elle était vraiment, c’est-à-dire pas seulement un sport ou une activité culturelle, mais un Tout, qui englobe bien évidemment les questions sociales, des valeurs de partage et d’échange, des conceptions philosophiques liées à la liberté et à l’égalité, mais aussi religieuses voire ésotériques… Bref j’ai fini d’être conquis. Cette ouverture d’esprit et cette curiosité, toujours encouragées par Afonso qui nous disait d’aller apprendre avec les autres et quand on revient, de partager avec les potes pour que l’on grandisse tous ensemble, m’a permis de me nourrir de nombreuses rencontres et influences émanant de diverses écoles et styles. Et surtout m’a permis de nouer des amitiés incroyables, merci beaucoup les Potos !!! Vers 2004, Afonso m’a permis de le remplacer et donc de commencer à transmettre. J’avoue qu’au début je ne savais pas trop comment m’y prendre puis la passion me guidant, j’y ai pris goût. »

- À ce moment, t'imaginais qu’un jour tu enseignerais et serais reconnu comme prof ?

« Non pas du tout. Je n’avais absolument pas de « plan de carrière » dans la capoeira car je poursuivais mes études à l’université et ceci même lorsque j’ai eu mon premier groupe d’élèves à Péchabou dans la périphérie toulousaine. »

- Qu'est ce qui t’as amené à vouloir faire de la capoeira ta principale activité ?

« En 2007, j’ai eu l’opportunité d’ouvrir des cours à Auch dans le Gers et de créer ma propre association il y a 9 ans maintenant. Cependant je ne comptais pas pour autant en faire mon métier, j’étais juste passionné, motivé pour transmettre mes connaissances et faire découvrir cette culture à d’autres. »

- Que représente la corde violette pour toi ? 

« Ça me rappelle une phrase que j’avais eue en commençant la capoeira « si j’arrive à la violette je serai au couleur de ma ville ! ». 100% brincadeira !!! Je ne sais pas trop comment dire ce que représente cette corde violette car je ressens une certaine ambivalence. Je suis quelqu’un qui n’aime pas se mettre en avant, je ne suis pas très démonstratif et je préfère la discrétion plutôt que le côté « show man » or la corde violette m’amène à être plus visible et à me rendre plus visible. Cependant, cette corde violette est une marque de reconnaissance du travail accompli et de l’engagement. C’est aussi un gage de confiance dans la mesure où je dois poursuivre mon travail de transmission. Mais je dois également persévérer dans mon travail personnel, parce qu’on est élève toute sa vie. Je dirai donc que c’est une responsabilité plus importante envers les autres mais aussi vis-à-vis de soi. J’aimerai ajouter que le changement de couleur de ma corde ne change en rien mon rapport aux autres. Je continue à donner les cours, à participer aux rodas, à jouer comme avant, à discuter, forroter et à faire la fête avec tout le monde. »

- Qu’as-tu ressenti lors de ce passage de corde? Était-ce la même "émotion" que pour une autre corde ?

« Une belle énergie venue de la bateria et de la roda. J’ai vraiment apprécié le premier jeu fait avec mon Mestre Afonso et je regrette de ne pas avoir joué avec Mestre Samara pour ce grade. J’ai trouvé que c’était court mais je garde en tête les cris, les chants, les frappés de mains, les toques des berimbaus, cette belle fête et les gens merveilleux qui étaient là pour la partager.Pour finir, j’aimerais remercier bien évidemment mon père et Afonso, sans qui toute cette belle aventure n’aurait probablement pas vu le jour, mais aussi mes grands-mères qui ont toujours cru en moi ! Un ÉNORME merci à tous les amis toulousains (vous êtes trop nombreux, il faudrait une page) avec une pensée spéciale pour ceux qui sont partis mais là des fois quand même, Steeve et Chico Bento! Merci également à tous ces professors et mestres que j’ai rencontrés ou côtoyés, qui sont des modèles et une source d’inspiration pour moi, je citerai : Mestre Garrincha, Mestre Sorriso, Mestre Samara, Mestre Nestor Capoeira, Mestre Branco, Mestre Lagartixa, Mestre Foguete, Professor Cacique et au défunts grands Mestre Leopoldinha et Mestre Peixinho. »

 

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